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Huissen, Gelderland / Over-Betuwe

L’Umdracht de Huissen

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Deux semaines après la Pentecôte, Huissen se couvre de drapeaux et de fleurs. Par les rues de la petite ville au bord du Rhin passe alors l’Umdracht, la procession du Saint-Sacrement où un prêtre porte sous un dais l’ostensoir avec l’hostie consacrée. Dans le reste des Pays-Bas au nord des grands fleuves, un tel cortège fut interdit par la loi pendant plus de cent cinquante ans. Pas à Huissen. Ce n’est ni une faveur ni un hasard, mais l’héritage d’une histoire singulière : pendant près de six siècles, cette petite ville n’appartint pas à la Gueldre, mais à Clèves, puis au Brandebourg et à la Prusse, enclave catholique en plein pays protestant. L’Umdracht est ce qu’il en reste.

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1 Un morceau de Clèves entre Rhin et Betuwe

Huissen est mentionnée dès 814 sous le nom de Hosenhym, mais son histoire singulière commence en 1242, quand le comte Thierry de Clèves prit possession du lieu. Les comtes de Clèves y établirent un péage sur le Rhin et bâtirent un château, et comme les terres alentour revinrent aux comtes de Gueldre, Huissen forma avec le hameau de Malburgen une enclave clévoise au sein du duché de Gueldre. Il en resta ainsi jusqu’en 1816. Qui allait d’Arnhem à Huissen franchissait pendant des siècles une frontière d’État.

Un si étrange morceau d’étranger essuyait régulièrement le feu. En 1502, le duc Charles de Gueldre mit le siège devant la ville ; après un bon mois, il fut chassé par des troupes clévoises. Le siège et la délivrance de Huissen sont rejoués chaque année par les gildes, aujourd’hui encore.

La vraie portée de l’enclave se révéla après la Réforme. En 1582, le culte catholique fut interdit en Gueldre, mais Clèves maintint à Huissen le libre exercice de l’ancienne foi. La grande église de la ville resta toujours catholique, et de loin à la ronde les fidèles gagnaient Huissen par les sentiers d’église pour la messe. La procession du Saint-Sacrement put, elle aussi, simplement continuer. La tradition donne 1560 comme année de la première procession ; les historiens n’en ont pas trouvé de preuve, mais jugent probable qu’elle date de la seconde moitié du seizième siècle. Elle apparaît avec certitude dans les sources en 1641.

2 Fête populaire et désobéissance civile

À partir du dix-septième siècle, l’Umdracht devint une grande démonstration de ferveur catholique. Pour les fidèles de Gueldre, la Fête-Dieu était le seul jour de l’année où ils pouvaient défier ouvertement les autorités protestantes, et l’on affluait en masse vers Huissen. Quand le vicaire apostolique Johannes van Neercassel se fut réfugié dans la petite ville entre 1675 et 1679, la procession gagna encore en éclat ; en 1678, le cardinal Luigi Bevilaqua lui-même y prit part, envoyé du pape aux négociations de paix de Nimègue. Des voyageurs d’Utrecht qui virent le cortège en 1720 notèrent une foule accourue pour voir le spectacle.

L’Umdracht devint aussi une fête populaire. À côté des décorations religieuses, la ville se remplissait d’étals et de tables, et le Geldersche Volksalmanak rangeait tout bonnement la procession parmi les foires annuelles. Jusqu’en 1920, des bateaux amenaient même des pèlerins d’Arnhem et de Nimègue à Huissen le jour de la Fête-Dieu.

L’épreuve la plus rude vint sous l’administration française. En 1812, les processions furent interdites, mais le bourgmestre Johann Friedrich Pilgrim passa outre et laissa l’Umdracht avoir lieu en 1812 et en 1813. Cette désobéissance civile valut de l’or. Après le passage de Huissen aux Pays-Bas en 1816, la petite ville put prouver, lors des réglementations de 1822 et de 1848, qu’elle était le seul lieu de Gueldre au nord des fleuves où la procession avait eu lieu chaque année sans interruption. L’Umdracht échappa ainsi à l’interdiction des processions qui resta en vigueur ailleurs aux Pays-Bas jusqu’en 1983. Depuis 1912, elle se tient non plus le jeudi, mais le dimanche deux semaines après la Pentecôte.

3 Le long des ruines

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Huissen devint ville de front et l’une des localités les plus éprouvées des Pays-Bas. Après un bombardement incendiaire en mai 1943, un bombardement frappa le vieux centre le 2 octobre 1944, pendant les combats qui suivirent la bataille d’Arnhem, coûtant la vie à une centaine de personnes. Au total, plus de cent soixante-dix habitants de Huissen périrent par les violences de la guerre. Les deux églises catholiques et l’église protestante furent détruites, et à l’automne 1944 toute la population dut évacuer l’Over-Betuwe. Quand les soldats canadiens libérèrent Huissen le 2 avril 1945, il n’y avait pas un Huissenaar pour le voir.

Le 11 juin 1945, jour de la Fête-Dieu, la petite ville était en ruines et bien des habitants n’étaient pas encore revenus. Mais les gens de Huissen savaient ce qui était en jeu : le droit de procession ne valait que tant que l’Umdracht avait lieu chaque année. La procession fut donc reportée, non annulée. Le dimanche 26 août 1945, l’Umdracht parcourut les rues, le long des décombres de l’église détruite.

La ville fut reconstruite et, en 1962, l’église retrouva sa tour de quarante-cinq mètres. L’Umdracht survécut aussi aux réformes ecclésiales des années soixante et soixante-dix, même si elle prit davantage le caractère d’un cortège à thème annuel. Les gildes séculaires marchent toujours, et dans le dialecte local le jour s’appelle simplement l’Umdracht. Depuis quelque quatre siècles, la procession traverse Huissen, et qui la regarde passer contemple la plus longue mémoire de la petite ville.

Source: Emile Smit, De Huissense Umdracht (Het Verhaal van Gelderland, mijngelderland.nl); Geschiedenis van Huissen (nl.wikipedia); bibliographie de la Historische Kring Huessen (huessen.nl), dont J.H.F. Zweers et J.A.J.M. Brons, Huissense Umdracht in bron en beeld (2010).
Le saviez-vous? Jusqu’en 1920, des bateaux de pèlerins naviguaient d’Arnhem et de Nimègue vers Huissen le jour de la Fête-Dieu. La gilde de Saint-Gangulphe, qui marche toujours dans la procession, naquit en 1536 de la fusion de deux gildes de défense médiévales et existe encore. Dans le dialecte local, la procession s’appelle simplement l’Umdracht et se tient depuis 1912 le dimanche deux semaines après la Pentecôte.
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