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Schiltach, Baden-Württemberg / Schwarzwald

Le diable de Schiltach

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Schiltach est une petite ville à colombages du centre de la Forêt-Noire, là où la rivière Schiltach se jette dans la Kinzig et où la vallée se resserre en son point le plus étroit. Un lieu de bois, bâti par des flotteurs, des scieurs et des tanneurs. En 1533, rapportent les vieux livres de légendes, un diable invisible s’installa ici dans l’auberge du conseil, tambourina et siffla des nuits durant, et persista jusqu’à ce que la moitié de la petite ville fût en flammes.

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1 Le bois, l’eau et le feu

Schiltach se trouve au point le plus étroit de la vallée de la Kinzig, bâtie de bois et par le bois. Pendant des siècles, la ville vécut du flottage: les troncs de la Forêt-Noire étaient liés en radeaux, descendus le long de la Kinzig puis du Rhin jusqu’en Hollande, où on les employait dans la construction navale. Tanneurs, scieurs et flotteurs donnèrent son visage à la ville. Aujourd’hui encore, la vieille ville se dresse dans une rareté close, ruelle après ruelle de maisons à colombages du seizième au dix-neuvième siècle, et depuis 2024 Schiltach porte officiellement le surnom de Flösserstadt, la ville des flotteurs.

Qui bâtit une ville de bois et la resserre dans une vallée étroite ne craint qu’une chose plus que la crue, et c’est le feu. Une étincelle dans le bon vent, et toute une ruelle brûle de pignon en pignon. Schiltach a brûlé plus d’une fois dans son histoire, mais le pire de ces incendies, celui de 1533, s’est fixé dans une légende qui n’attribua pas le feu au hasard mais au diable lui-même.

2 L’hôte invisible de l’auberge du conseil

En 1533, comme le raconte Ludwig Bechstein d’après les anciens récits, les choses n’allaient pas droit dans l’auberge du conseil de Schiltach. Un esprit s’y était installé comme un lutin, mais nul ne pouvait le voir. Il ouvrait et fermait les portes avec fracas, tambourinait et sifflait, cliquetait et chuchotait, et changeait les nuits de l’aubergiste, un veuf, en tourment. Au jour, on fit venir l’assesseur du conseil et les curés de Schenkenzell et de Schiltach pour conjurer l’esprit impur.

Mais l’esprit ne se laissa pas bannir. Il railla les ecclésiastiques, leur reprocha des indécences et jura de brûler sur sa tête la maison du bailli. Toute la petite ville accourut et écouta le vacarme diabolique, fait de chansons de rue et de couplets moqueurs. La nuit non plus il ne laissait aucun repos, se dressant sur la galerie et tambourinant toutes les marches jusqu’au matin clair.

Puis l’esprit déclara que la servante de l’aubergiste était sa maîtresse la plus chère. Jusque-là elle passait pour une personne honnête, mais l’aubergiste la fit chasser hors de la maison. En colère et en larmes, la servante quitta Schiltach et gravit la montagne, le sentier vers Aichhalden. Là-haut, disaient les gens, un grand homme noir se tenait près d’elle. Ensuite tout se tut, la hantise cessa, et l’aubergiste se crut délivré.

3 L’incendie et la pierre commémorative

Le calme dura quinze jours. Le Jeudi saint, le diable se déchaîna de nouveau au sens le plus littéral. Il fit une musique affreuse, et lorsqu’une grande foule se rassembla, venue aussi des villages voisins, la voix invisible cria qu’il fallait déguerpir, car le nid devait brûler jusqu’au sol. En haut, sur le Schlossberg, on revit l’homme noir, et trois femmes se tenaient auprès de lui.

Soudain le fenil de l’aubergiste fut en pleines flammes. Le feu bondit de toit en toit comme un dragon, et en une heure l’hôtel de ville et les vingt-six meilleures maisons de la petite ville gisaient en cendres. Après l’incendie, on ramena la servante bannie. Sous l’accusation, elle avoua être la maîtresse du diable et avoir, sur le toit et à son ordre, renversé un chaudron. Pour cela, elle fut brûlée vive.

Sur l’hôtel de ville reconstruit, on posa une pierre commémorative aux mots latins déclarant que le dix avril 1533 le diable avait mis le feu à la ville. L’incendie lui-même est attesté par les archives, mais son interprétation appartient à son temps: c’était le siècle de la Réforme et des procès en sorcellerie, où l’on préférait imputer un malheur à un esprit malin et à une femme plutôt qu’à une étincelle dans une ville de bois. L’hôtel de ville actuel date de 1593, bâti selon les plans du maître d’oeuvre wurtembergeois Heinrich Schickhardt, et les ruelles à colombages alentour rappellent encore aujourd’hui combien vite ce bois brûlait jadis.

Source: Ludwig Bechstein, Deutsches Sagenbuch 1930, récit 901 Der Teufel in Schiltach; frères Grimm, Deutsche Sagen; histoire de la ville de Schiltach.
Le saviez-vous? L’inscription latine sur l’hôtel de ville reconstruit désignait le diable lui-même comme incendiaire: IV Idus Aprilis conflagravit oppidum Diabolus MDXXXIII, soit le dix avril 1533 le diable mit le feu à la ville. L’affaire compte parmi les récits de hantise et de sorcellerie les plus connus de la Réforme en Forêt-Noire.
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