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Ravenstein, Noord-Brabant / Maasland

Les noircis de Ravenstein

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Ravenstein est petite : la ville historique n’occupe pas trente hectares, serrée entre la digue de la Meuse et ses propres fossés. Et pourtant elle fut pendant des siècles le chef-lieu de tout un pays. Le Pays de Ravenstein n’appartenait ni au Brabant ni à la République ; il avait son seigneur, sa justice et son propre champ de potence. Dans un territoire si étroit et si libre, un homme pouvait se cacher étonnamment longtemps — et c’est ce que fit au dix-septième siècle un homme dont le peuple savait avec certitude qu’il avait passé un pacte avec le diable : Kobus van der Schlossen, capitaine des noircis.

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1 Le corbeau sur la pierre

La ville commença comme un poste de péage. En 1360, Walraven van Valkenburg, vassal du duc de Brabant, fit abattre son château près de Herpen et en bâtit un nouveau au bord de la Meuse, où il pouvait plus commodément lever le péage sur le trafic du fleuve. Le duc assiégea ce château en vain en 1364. En 1380, Reinout van Valkenburg, demi-frère de Walraven, accorda le droit de ville à l’agglomération qui avait poussé autour.

D’où vient le nom, on ne l’a jamais tranché. L’office de tourisme penche pour rave, fossé, et stein, maison noble de pierre ; d’autres y entendent simplement le prénom du fondateur. L’héraldique prit une troisième voie et en fit une image. Quand le Haut Conseil de la Noblesse confirma les armes communales le 16 juillet 1817, le blason portait : d’argent, à un corbeau de sable posé sur une pierre d’azur. Des armes parlantes, donc — corbeau plus pierre. Sur le plus ancien sceau de la ville, l’oiseau y était déjà perché, sur deux pierres rondes, à côté de l’écu de Philippe de Clèves.

Les villages voisins ont repris cette image comme une injure. Dans son recueil de récits populaires du Brabant-Septentrional, Willem de Blécourt a noté sous la rubrique Ravenstein un seul mot sec en guise de sobriquet pour les habitants : corbeaux.

2 La bande noire dans les bois de Slabroek

Le Pays de Ravenstein était une mosaïque de villages le long de la Meuse et sur la bruyère, avec deux chefs-lieux : Ravenstein même et Uden. Il ne faisait partie du duché de Brabant ni administrativement ni territorialement, et put ainsi rester indépendant après 1648, tandis que la Mairie voisine de ’s-Hertogenbosch passait aux États. À partir de 1630, il fut aux mains de la maison catholique de Palatinat-Neubourg. La liberté de culte revint, des ordres religieux chassés de la République y trouvèrent asile, et des catholiques d’au-delà de la frontière venaient y entendre la messe.

Un tel territoire a son revers : une frontière proche de partout et une juridiction qui s’arrête quelque part. Dans la seconde moitié du dix-septième siècle, une bande d’anciens soldats rendit le Pays peu sûr. On les appelait les noircis, parce qu’ils se barbouillaient le visage de suie avant de partir voler. Leur capitaine était Jacobus van der Schlossen, Kobus pour tous. La bande se cachait dans les vastes bois de Slabroek près d’Uden, dans ce qu’on nomme aujourd’hui le Maashorst.

Quoi que tentassent les gens de justice, Kobus leur glissait chaque fois entre les doigts, et chacun savait pourquoi : il avait passé un pacte avec le diable. Comme ils l’avaient presque saisi, un jour, il sauta dans une mare avec un grand plouf et se changea sous leurs yeux en touffe de joncs. L’eau continua de bouillonner — de brobbeler, dit le parler local. Cet endroit du Maashorst s’appelle encore le Brobbelbies.

3 Trois mois au cachot

La ville elle-même figure aussi dans les récits. Une nuit, Kobus força à Ravenstein la porte d’une riche maison. Un chien se mit à aboyer, les gens sortirent dans la rue, et sur les pavés le brigand en fuite n’avançait guère. Il vit alors passer une charrette chargée de sacs de farine et sauta à l’arrière. À la porte de la ville, la charrette fut fouillée, mais personne ne le vit : il s’était changé en sac de farine. À Huisseling, raconte-t-on là-bas, il se changea en saule têtard, contre lequel le garde champêtre vint se soulager — et Kobus en garda les pieds mouillés.

La réalité fut plus dure. Van der Schlossen fut pris et passa trois mois au cachot de Ravenstein, où le curé Marquerink l’aurait encore ramené au repentir. En juillet 1695 il fut exécuté. Les charges de cette exécution furent réparties sur tout le Pays : les cinq villages de la Meuse durent assurer le transport du condamné jusqu’au lieu du supplice. Sur ce lieu même, les versions divergent — le champ de potence près d’Elft, à la limite d’Escharen, ou la place du marché de Ravenstein.

Sur l’échafaud, il aurait laissé à la foule accourue deux conseils. N’envoyez jamais vos enfants au marché ou à la kermesse sans argent, car c’est ainsi que j’ai appris à voler. Et : ayez un chien, car ce sont les chiens qui m’ont le plus souvent chassé la nuit.

Source: Nederlandse Volksverhalenbank (Institut Meertens) : BLECOURTNB0567 «7. Ravenstein» — sobriquet «Raven», d’après Willem de Blécourt, Volksverhalen uit Noord-Brabant (Het Spectrum, 1980, p. 243) — ainsi que INZ00032 «De Brobbelbies», INZ00033 «Een ontsnapping uit Ravenstein» et FAB068 (Brabants Dagblad, 5 septembre 2006). En outre : BHIC, «Kobus van der Slossen en het pact met de duivel», d’après Reggie Naus, Zwartmakerij in het Land van Ravenstein (2006) ; huisseling.nl ; nl.wikipedia (Ravenstein (stad), Land van Ravenstein, Wapen van Ravenstein) ; Stichting Vestingwerken Ravenstein et l’office de tourisme de Ravenstein ; Omroep Brabant (27 juillet 2025) sur l’incendie de 1606.
Le saviez-vous? L’incendie de 1606 réduisit Ravenstein en cendres ; la maison du 13 Kolonel Wilsstraat fut relevée dès 1607 et se dresse toujours. L’église baroque Sainte-Lucie de 1735 fut payée sur les revenus de la Loterie de Ravenstein et passe pour la seule église néerlandaise de ce style hors de la province de Limbourg. De la place forte subsistent deux des trois portes, les fossés urbains, un boulevard, un ravelin, deux ouvrages à cornes et deux rondelles de 1522-1526, retrouvées seulement en 1997 lors de travaux de renforcement de la digue et remontées en 1999.
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